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Médiathèque Le blé en herbe - Erquy

le clown amoureux huile sur toile 80x100cm 2Regards croisés / Selloù a bep tu

 Olivier Boutet est né à Limoges où il a étudié aux Arts Décos pendant cinq ans. Il ouvre ensuite un atelier à Limoges et développe une technique graphique et volumique. Arrivé en Bretagne en 2007, il déambule et s’imprègne des hommes qui y vivent.

Aujourd’hui, Olivier n’en finit pas d’inventer son univers, un graphisme à l’aise qui s’accommode autant d’un paysage lumineux que tempétueux, que d’un fond de cave où se cuitent quelques oiseaux de nuit... d’une rythmique sans fioritures, jazz, be-bop ou free, qui nous plongent dans une narration sans bulles. D’un geste tendre et délié, le trait adoucit le regard.

Son œuvre se nourrit des paysages, des ambiances et des personnes qu’il croise le long de son chemin, des gens de tous les jours, les troquets, la musique... ils lui prêtent leur image pour qu’il nous livre, sous un trait vibrant et des couleurs profondes, des bouts d’histoires et de vies.

Ses peintures sont les images d’une réalité diluée dans l’imaginaire.

Il exposera ses tableaux à la bibliothèque du samedi 4 au mardi 28 juin

 

 Voici les mots de Clotilde de Brito, inspirés par les peintures d'Olivier :

 

Dans le tableau, un jour, j’aimerais bien y être !
Porter des robes vertes, les cheveux teints en roux,
Et faire de grands gestes à me tordre le cou
Et survoler les toits à travers les fenêtres.

J’attendrais dans des bars aux lumières incertaines,
J’aurais la cuisse ferme et des bas haut perchés,
Et un rire éclatant de tango endiablé
À choquer les pimbêches aux allures mondaines.

On danserait sans fin, serrés bien tendrement,
Au son d’un vieux piano ou d’un grinçant crincrin,
D’un saxo rutilant, et puis y aurait des chiens,
Des petits clebs usés, des corniauds indolents.

Le carrelage au sol sentirait la Javel.
Y’aurait des types louches qui zieuteraient mes fesses,
Ou le regard perdu dans de vagues ivresses,
Ils frôleraient les couples qui se roulent des pelles.

À humer les humeurs dans de petites choses
(L’éclat d’un verre de rouge, volutes d’un café,
Des longues cigarettes à peine consumées),
J’explorerais ce monde où la vie se repose :

Murmures de cabarets et parfums entêtants,
Visages hallucinés aux yeux sans illusions,
Bouches et fronts soucieux pris dans une question,
Mouvements suspendus, figés dans le moment.


L’immobile est un leurre ! Ils bougeront après !
Ils rentreront chez eux, éméchés ou lucides,
Traîneront leurs chagrins sous la brume livide,
Retrouveront leurs lits, leurs songes, leurs secrets.

Les paupières fardées chercheront le sommeil
Dans l’écho d’une valse ou les bras d’un monsieur.
Le bar se videra, deviendra silencieux,
À peine restera-t-il l’ombre d’une bouteille.

Et moi...
Je quitterais aussi le cadre du tableau,
Rejoindrais le réel fourmillant de ces ombres
Solitaires des corps plongés dans la pénombre,
Ce réel qui ignore la plume et le pinceau...

Je reviendrais plus tard, je reviendrais encore...
Dehors, des réverbères pour éclairer la pluie
Et des rues ruisselantes où tromper mon ennui
Ouvriraient le chemin vers un nouveau décor.

 

texte de Clotilde de Brito, poétesse et championne du monde de slam 2015,
inspiré des œuvres d’Olivier Boutet