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Médiathèque Le blé en herbe - Erquy

cv gauz cheeri"D'un centre commercial à l'autre. Quitter Dubaï, la ville-centre-commercial, et venir en vacances à Paris pour faire des emplettes aux Champs Elysées, l'avenue-centre-commercial.
Le pétrole fait voyager loin, mais rétrécit l'horizon"

Il est bien rare que les vigiles soient les personnages principaux de récits, généralement (et si on excepte le livre de Laurent Mauvignier : Ce que j'appelle oubli), ils font figure de figurants, dans la littérature comme dans la vie. Ici donc, avec une certaine dose d'humour, maniant habilement l'ironie, Gauz, partage avec le lecteur, le quotidien de plusieurs d'entre eux, venus d'Afrique noire (Côte d'Ivoire, Congo...). Il remonte jusque dans les années '70, la mort de Pompidou et l'élection de Giscard pour nous raconter leur histoire. Il y a beaucoup d'anecdotes sur ces exilés, sur les Maisons d’Étudiants qui les accueillent, les discussions qui les animent, leurs espoirs etc. Gauz, nous parle de la condition noire, de l'héritage du colonialisme, dans un style qui peut parfois faire penser à celui de Mabanckou, du moins pour l'humour : il se rit de tous, des blancs comme des noirs, il démonte les préjugés avec malice et sagacité. Humour qui vire parfois au cynisme lorsqu'il évoque par exemple le consensus des politiciens, de droite comme de gauche au sujet des immigrés, après le choc pétrolier. Ce ton plutôt léger au début du récit, ("l'âge de bronze") devient plus sombre après l'évocation de 2001 et l'effondrement des tours à New-York : cet attentat marque un tournant, le début d'une paranoïa collective, les vigiles noirs et souvent sans papiers vont perdre leur travail et lorsqu'ils en retrouveront, quelques temps plus tard, à l'époque du tout sécuritaire, le métier aura bien changé. Je n'ai pas encore parlé de certains chapitres du récit, entièrement constitués des pensées intérieures d'Ossiri, (double littéraire de l'auteur), vigile en poste au Camaïeu Bastille ou au luxueux Séphora des Champs Elysées, de très courts paragraphes, se rapprochant parfois de l'aphorisme, réflexions souvent très fines, ou drôles, sur les client(e)s. Le consommateur que nous sommes vus à travers l’œil du vigile... Un récit à découvrir, c'est frais et on apprend beaucoup de choses. Gageons qu'après cette lecture, nous ne regarderons plus les vigiles de la même manière !

(Fabienne)

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