en vieillissant les hommes pleurent"Gilles comprit alors que chaque roman qu'il lirait l'aiderait à comprendre la vie, lui-même, les siens, les autres, le monde, le passé et le présent, une expérience similaire à celle de la peau ; et chaque événement de la vie lui permettait de la même manière d'éclairer chacune de ses lectures. En découvrant cette circulation continue entre la vie et les livres, il trouva la clé qui donnait un sens à la littérature."

Ce roman se déploie sur une seule journée, le 9 juillet 1961, à travers le regard des membres d'une famille, Albert, Suzanne, et leur fils cadet, Gilles, l'aîné étant appelé en Algérie. Ce jour-là, Albert s'éveille en proie aux larmes, avec l'idée de sa fin proche, comme une évidence. Ouvrier chez Michelin, il est resté un paysan dans l'âme et dans une société en pleine mutation, il se sent d'un autre temps. Suzanne au contraire s'efforce d'effacer toute trace du passé et n'a qu'un vœu, entrer dans l'ère de la modernité. Un gouffre donc les sépare... Cette transition d'une société a l'autre est figurée dans le texte par la politique de remembrement menée par De Gaulle et son ministre Pisani, sujet de querelle entre les modernes et les anciens, mais surtout par l'arrivée de la télévision dans la maison.

Un texte surprenant car il nous emmène là où on ne l'attendait pas, notamment dans la dernière partie : sous des airs de chronique familiale, il nous propose une réflexion sur des thèmes tels que la transmission, l'éducation, l'histoire, celle du XXè siècle en particulier. De très belles pages sur la poésie et l'imagination où sur "l'imaginot", qui interroge justement les silences de l'histoire. Le désarroi d'Albert, lié au traumatisme de la guerre, de la défaite mais aussi à son impuissance à aider Gilles, est très vif. La relation de ce père avec son fils est émouvante, ils ne sont pas du même monde et pourtant, il y a entre ces deux-là, une compréhension, un lien, tissé au-delà des mots. Un roman « l'air de rien » mais qui par sa sincérité, son cheminement m'a finalement laissé une forte impression.

(Fabienne)

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