page 1"Mais quand vous prenez la route, vous êtes toujours seul. Comme tout homme. Et tout homme doit prendre la route, tôt ou tard. Vos amis disparaissent, le soleil se couche et il ne reste qu'un chemin sombre qui traverse une saleté de monde brutal."

Jeff Pierce et Diana Castle prennent la fuite ensemble : il s’évade d’un bateau sur lequel il a été enrôlé de force, elle fuit un mariage arrangé. Alors qu’ils ne se connaissent pas, ils gagnent la Vallée de l’Alder Gulch dans le Montana encore sauvage mais qui jour après jour attire des milliers de pionniers. Essentiellement des orpailleurs rêvant de trouver un filon mais aussi des hors-la-loi qui n’hésitent pas à tuer les chercheurs d’or pour les dépouiller. Rassemblés sous la houlette  d’un shérif véreux ils sèment la violence et la peur à Virginia City. Jeff apparaît comme le seul homme capable de mener une milice pour s’opposer à ces desperados mais il refuse ; solitaire, dur, âpre, il n’a aucune confiance en l’homme, ne croit d’ailleurs à rien et ne compte que sur lui-même, comme il a toujours dû le faire, pour sa survie. Il est si désenchanté, du haut de ses 28 ans, qu’il refuse même l’amour (où ne sait le reconnaître), lorsqu’il s’offre à lui.

Un roman de la conquête dans un ouest qui ne pardonne pas, une nature grandiose mais la vie est rude et la roue tourne vite. Haycox explore le thème de la fuite et offre des portraits superbes, Jeff Pierce bien-sûr mais les personnages secondaires ont aussi une forte consistance, notamment Ollie qui oscille entre banditisme et honnêteté (il n’hésitera pas longtemps hélas), ou Diana, une femme à mille lieux des stéréotypes féminins habituels. L’auteur excelle aussi dans les descriptions de foule, de l’esprit de groupe avec une écriture qui touche parfois au lyrisme. Amateurs de grands espaces, ce western, publié pour la première fois en 1942, est incontournable !

"C'était un homme solitaire qui se trouvait totalement seul au coeur d'une ville brutale, et il le savait. Elle devinait qu'à cet instant, il regardait les ombres se refermer sur lui ; il ne voyait aucune issue, mais cela lui était égal désormais. Il s'accrochait à l'unique chose qui avait toujours compté pour lui, sa conviction que le monde était une créature sauvage qui cherchait à détruire l'homme, et que le seul but de celui-ci était de risposter pour survivre. Alors, il se tenait là, debout dans la rue, et il défiait tout ce que le monde pouvait lui infliger : c'était un homme né pour résister et vivre en solitaire."

(Fabienne)

 

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Et dans le même collection, "L'Ouest, le vrai", dirigée par Bertrand Tavernier :

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