bratata

logovide 252px

logovide 289px
logovide 282px

Médiathèque Le blé en herbe - Erquy

bouysse« Il était persuadé que tout ce que devait faire un homme, c’était son travail, et que les buts fixés et l’occupation générée pour les atteindre étaient comme des sémaphores suffisant à éclairer la vie de paysan »

« D’habitude, ici, on a une explication pour chaque chose qui se passe ». Or justement, cet hiver là, il s’en passe des choses étranges autour de Gus, paysan dans les Cévennes… Des coups de feu hors de la saison de la chasse, des traces de pieds nus dans la neige et surtout le comportement d’Abel qui change : le vieux voisin se referme face aux questions de Gus, le renvoie à son travail et l’invite à s’occuper de ses affaires sans lui proposer l’habituel verre de vin rouge. Abel et Gus, deux hommes d’un autre âge, qui vivent comme leur parents ont vécu avant eux, au rythme des saisons et du cycle de la nature, sans se préoccuper de ce qui se passe ailleurs. Mais là, Gus va être obligé de sortir de sa « zone de confort » si l’on peut dire pour un homme qui vit du minimum, et de s’impliquer pour tenter de comprendre les curieux phénomènes qui surviennent.

Franck Bouysse s’est inspiré des paysans filmés par Raymond Depardon pour composer ses personnages et en effet, l’écrivain et le réalisateur / photographe nous parlent des mêmes hommes, qui disent peu, se suffisent de peu, des laissés pour compte qui vivent dans une grande solitude, en marge de la société qui les entoure. L’écriture de Franck Bouysse est éblouissante, il donne corps aux personnages, à Gus en particulier, par la description de leurs gestes au quotidien, des lieux qui les entourent et ce faisant il leur rend leur noblesse. Le lien à la ruralité de l’auteur (on le retrouve d’ailleurs dans ses autres romans) est manifeste, il écrit « les mains dans la terre », son écriture nous dit qu’il l’aime, cette terre, qui comme Gus et Abel ne se laisse pourtant pas facilement apprivoiser, peut même être hostile lors des rudes hivers, mais sous la plume de Franck Bouysse, elle est belle et fière. Grossir le ciel, c’est aussi un chant funèbre pour un monde qui disparaît, à travers par exemple la description d’un moulin qui tombe en ruine, il s’en dégage un sentiment de mélancolie que renforce la présence des morts dans ce roman, surtout les rares qui ont apporté un peu de douceur à l’enfance de Gus : sa grand-mère, le meunier et quelques autres qui ont emporté avec eux les vestiges des temps anciens. Un très beau roman...

 (Fabienne)

 

 

 

Entretien avec Franck Bouysse :